Il y a des zélotes du droit et de la régularité. Ils en font des concepts immuables et définitifs qui ne tiennent compte ni de l’aléatoire, ni de la finitude, ni des apories de la vie humaine.
Ils ont pourtant lu Héraclite qui dit : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », ou alors ils ont oublié que cette phrase s’applique à tout ce qui nous concerne, nous autres, pauvres humains éphémères, nos actions, nos pensées, nôtre être lui-même. Au début du XVIIIe siècle, quand, dans ce que j’ai appelé le grand courant de laïcisation de la pensée qui a précédé celui de la société, des hommes ont fondé la franc- maçonnerie, ils l’ont d’abord fait dans une révolte contre le droit et la régularité qui leur étaient imposés. Mais ils ont vite, eux-mêmes, construit des systèmes qui se sont mis à contraindre et dont nous subissons encore les conséquences. Il y a maintenant des maçons qui sont réguliers et d’autres qui ne le sont pas. Et la règle et l’équerre redeviennent ce qu’ils étaient à l’origine : des outils rigides et inefficients. Le danger de nos institutions est bien dans ce paradoxe de la régularité qui prétend s’approprier la légitimité de l’ordre et de l’idée. D’autant que certains à l’intérieur de nos structures, que j’ai nommés les agrégés de la maçonnerie, détiennent du fait de leur illusoire notoriété médiatique, ancienneté, art oratoire, prestance physique, passé de dignitaires ou autres fariboles, des vérités qui s’imposent d’autant plus facilement que nous sommes à l’acmé d’une société du spectacle. [...]